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Blog
  • 08.03.2023

Garantir l’équité pour les enseignants LGBTIQ+

Le présent article a été rédigé par Carol Hordatt Gentles, Présidente du Conseil international sur la formation des enseignants et Purna Kumar Shrestha, Responsable technique mondial pour l’éducation résiliente et inclusive au sein de VSO International. Tous deux assurent les fonctions de coordinateurs du groupe thématique sur l’inclusion et l’équité dans les politiques et pratiques relatives aux enseignants de l’Équipe spéciale sur les enseignants. 


Nous avons besoin d’un dialogue ouvert pour comprendre les difficultés rencontrées par les enseignants LGBTIQ+ 

Alors que nous célébrons la Journée internationale des femmes 2023, nous constatons les progrès accomplis dans le domaine de la sensibilisation aux problèmes qui compromettent l’égalité et l’équité pour les femmes. Nous reconnaissons que garantir l’équité « revient à envisager, valoriser et apprécier la différence comme une composante nécessaire et positive de la vie » (Journée internationale des femmes). Pour assurer une éducation de qualité, inclusive et équitable, et promouvoir des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour toutes et tous, il est essentiel de traiter l’ensemble des enseignants sur un pied d’égalité et de veiller à ce que le corps enseignant reflète la diversité des élèves et de la communauté au sens large. 

Toutefois, la différence est souvent considérée comme un obstacle et non comme un atout favorisant la diversité. Dans de nombreuses situations, les enseignants LGBTIQ+ se heurtent à d’importantes difficultés, notamment à l’inégalité des chances, au manque de représentation, à des lois discriminatoires, à l’exclusion sociale, aux stéréotypes et à la violence. En tant que coordinateurs du groupe thématique sur l’inclusion et l’équité de l’Équipe spéciale sur les enseignants, nous pensons que le moment est venu de relancer le dialogue entre les décideurs politiques, les professionnels et les universitaires afin de mieux comprendre les inégalités et l’injustice sociale subies par les enseignants LGBTIQ+ dans le monde entier.

À l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie en 2022, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) nous a rappelé que : « [l]es droits humains, qui sont tout autant ceux des personnes LGBTI, sont inaliénables. Chacun et chacune a le droit au respect et à la dignité, quelles que soient son orientation sexuelle ou son identité de genre – et ce dans toutes les circonstances. » 

Afin de garantir la sécurité des enseignants LGBTIQ+, des lois assurant leur protection doivent être adoptées 

En passant rapidement en revue les réalités auxquelles les enseignants LGBTIQ+ sont actuellement confrontés, on constate que leur sécurité au travail s’est améliorée grâce à l’adoption de politiques visant à les protéger. Le Guide d’apprentissage sur l’inclusion des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, intersexes et queers (LGBTIQ+) dans le monde du travail, publié en 2022 par l’Organisation internationale du Travail (OIT), indique « [qu’]en décembre 2020, 81 États Membres de l’Organisation des Nations Unies garantissaient une protection contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle dans l’emploi. Parmi eux figuraient la Barbade, la Macédoine du Nord et Sao Tomé-et-Principe qui ont récemment modifié ou promulgué de nouvelles lois sur le travail dans le but de protéger les personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle. » En Pologne, les lois sur le travail interdisent toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle à l’égard des enseignants, tandis que le Canada, en adoptant sa Charte des droits et libertés, s’est engagé à garantir la justice sociale, l’inclusion et l’équité pour l’ensemble de ses citoyens, y compris les enseignants. En 2020, la Cour suprême des États-Unis a jugé que la protection des personnes ayant une orientation sexuelle et une identité de genre diverses doit également être assurée dans le domaine de l’emploi. Toutefois, si les lois fédérales favorisent actuellement la protection des travailleurs LGBTIQ+, 29 États n’ont toujours pas adopté de lois garantissant la protection de ces personnes dans l’emploi, y compris parmi les enseignants. 

Malgré les progrès mitigés observés dans ces pays, de nombreux autres n’ont toujours pas de politique visant à inclure ou à protéger les enseignants LGBTIQ+ ni la volonté d’agir en ce sens. En outre, même dans les pays dotés de politiques de protection, leur mise en œuvre demeure souvent faible. Ainsi, les orientations de l’OIT relatives à l’inclusion des personnes LGBTIQ+ dans le monde du travail restent d’actualité. Selon l’Organisation : 

« Les travailleurs LGBTI se retrouvent souvent sans recours juridique en raison de procédures juridiques à des coûts prohibitifs ou interminables ou du manque de confiance dans le système. Dans les faits, ils sont privés de justice et de protection. Si nous souhaitons vraiment un avenir du travail centré sur l’humain qui ne laisse personne de côté, nous devons inclure les travailleurs LGBTI. Nous devons également veiller à ce que les lois et les politiques n’incriminent pas les travailleurs LGBTI en raison de la personne qu’ils aiment et de qui ils sont. » 

La discrimination et les préjugés continuent d’empêcher les enseignants LGBTIQ+ de s’épanouir

En l’absence de protection juridique et d’une culture de l’inclusion, les enseignants LGBTIQ+ vivent souvent dans la peur et l’angoisse d’être « dénoncés ». Selon le docteur Pitonak (2021), parmi les employés LGBTI du secteur public en République tchèque, 52 % des éducateurs n’abordent pas le sujet de leur orientation sexuelle au travail, 71 % redoutent une réaction négative de la part de leurs collègues, 64 % ont peur que leurs relations sur le lieu de travail se dégradent et 44 % craignent que leur orientation les empêche d’évoluer professionnellement. Au Brésil, DaSilva (2019) a révélé que les enseignants homosexuels étaient victimes d’homophobie au sein de leur communauté scolaire. En Israël, une enquête menée par l’Institut Magnus Hirshfield (Rogel et al., 2021) s’est intéressée à l’environnement scolaire dans lequel évoluent les enseignants israéliens LGBTIQ+. Il en ressort que 94 % des enseignants avaient reçu des remarques homophobes ou insultantes de la part de leurs élèves et que 53 % avaient entendu leurs collègues ou des membres du personnel tenir des propos homophobes. Dans une étude relative aux expériences vécues par les enseignants homosexuels et les enseignantes lesbiennes au Chili, les participants ont indiqué avoir peur de l’inconnu et de l’incertitude (Catalan, 2018). 

Aux difficultés rencontrées par les enseignants LGBTIQ+ au sein des écoles viennent s’ajouter l’opinion publique et les préjugés nourris par les parents. Par exemple, une enquête réalisée en 2018 par GLAAD et Harris Poll révèle que 32 % des Américains n’appartenant pas à la communauté LGBTQ seraient très mal à l’aise si leur enfant avait un enseignant LGBTQ, ce qui traduit les croyances erronées et les préjugés dont font l’objet ces enseignants. En outre, certaines personnes considèrent à tort que l’homosexualité est une maladie qui peut et doit être soignée. Selon une enquête menée en 2008 par le Mouvement d’intégration et de libération homosexuelle (Movilh) auprès des parents, des étudiants et des enseignants de Santiago au Chili, 24 % des enseignants ne considéraient pas l’homosexualité comme une maladie, mais comme une situation à laquelle il serait possible de remédier. 

Nous constatons donc que les enseignants LGBTIQ+ vivent dans le secret, la peur et la discrimination. Dans de nombreux pays, les différences d’orientation sexuelle restent un sujet tabou, généralement passé sous silence ; par conséquent, les études universitaires sur cette thématique demeurent limitées. Comme l’a affirmé Eliza Byard, directrice exécutive du Gay, Lesbian and Straight Education Network (GLSEN) aux États-Unis, « nous savons tous qu’être contraint de cacher certains aspects de son identité au quotidien a un impact considérable sur les personnes concernées. [...] Lorsqu’elles sont libres d’assumer leur personnalité, [...] elles sont plus efficaces dans leur travail, ce qui vaut également pour les enseignants. » Dans les pays où les traditions culturelles et les cadres juridiques sont moins tolérants à l’égard de la diversité sexuelle, les enseignants LGBTIQ+ doivent en outre vivre avec la peur d’être persécutés, exclus des salles de classe et, plus généralement, de certains espaces publics. 

Les discriminations à l’encontre des personnes LGBTIQ+ contribuent aux pénuries d’enseignants 

Dans un monde où les pénuries d’enseignants ainsi que les difficultés de recrutement, de rétention et d’attrition des effectifs ont atteint des niveaux critiques, nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer les conséquences des inégalités auxquelles sont confrontés les enseignants LGBTIQ+. Ces inégalités compromettent sérieusement leur capacité à proposer un enseignement de qualité et rendent le métier d’enseignant moins attractif aux yeux des personnes qui envisagent de s’inscrire à un programme de formation. Les recherches que nous avons menées en Jamaïque (Hordatt Gentles et Davis-Morrison, 2020) indiquent que les futurs enseignants sont victimes de discrimination, voire de violence de la part de leurs pairs, de leurs formateurs et du personnel administratif. Il semble qu’un grand nombre d’entre eux aient attendu d’obtenir leur diplôme pour quitter leur pays et rejoindre une destination où ils se sentaient plus en sécurité. Cette situation accentue des taux de départ déjà élevés parmi les enseignants, ainsi que la perte d’un précieux capital professionnel. On peut également s’inquiéter du fait que la généralisation de l’homophobie et des inégalités au sein des instituts de formation risque d’entraver la transmission des pratiques d’inclusivité et de lutte contre l’homophobie aux futurs enseignants. Comme le précise le Rapport mondial de suivi sur l’éducation intitulé Inclusion et éducation : tous, sans exception, « [...] la formation des enseignants sur l’inclusion et la sécurité des élèves LGBTIQ+ est un domaine négligé et controversé dans la plupart des pays ». 

Combattre les points de vue négatifs sur les questions LGBTIQ+ à travers les programmes d’enseignement et la formation 

L’éducation sexuelle complète est une approche fondée sur un programme et visant implicitement à améliorer la compréhension des questions de genre, des normes qui y sont associées, des droits et de l’équité, mais aussi à combattre les stéréotypes négatifs et les perceptions traditionnelles des rôles assignés à chaque genre. De ce point de vue, elle joue un rôle essentiel dans la promotion de l’égalité des personnes LGBTIQ+. Une analyse réalisée à partir de l’examen de 50 systèmes éducatifs dans le cadre de l’élaboration des Profils pour le renforcement des examens éducatifs (PEER) du Rapport mondial de suivi sur l’éducation a révélé que l’orientation sexuelle et les questions LGBTIQ+ sont les sujets les moins couverts par les programmes. Ces thèmes sont abordés dans seulement 17 % des pays. L’Argentine, la République démocratique populaire lao, la Mongolie et la Suède s’appuient toutes sur l’éducation sexuelle complète pour promouvoir les questions liées au genre et à l’orientation sexuelle ainsi que l’égalité des droits et des chances, et sensibiliser le grand public à ces thématiques. Parallèlement, le cadre stratégique national de la Namibie sur le VIH prépare les enseignants à aborder les thèmes de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre dans le cadre de leur programme scolaire. 

Il est impossible d’offrir une éducation inclusive sans inclure véritablement les enseignants LGBTIQ+

Si nous souhaitons nous engager en faveur de l’égalité, nous devons redoubler d’efforts pour reconnaître, comprendre et combattre les injustices sociales qui sont ancrées dans le quotidien des enseignants LGBTIQ+ et des autres éducateurs dans le monde entier. Nous avons conscience que l’inclusion des travailleurs LGBTIQ+ au sein du personnel éducatif demeure complexe dans de nombreux pays et qu’elle s’accompagne d’importants enjeux politiques, culturels et sociaux. Toutefois, elle est primordiale et doit retenir notre attention si nous souhaitons bâtir des systèmes d’éducation inclusifs qui favorisent l’inclusion de tous les individus au sein du personnel éducatif. En un mot, nous ne parviendrons pas à une éducation inclusive en excluant les enseignants LGBTIQ+ en raison de qui ils sont. 

Consultez la fiche d’information de l’UNESCO et de l’Équipe spéciale sur les enseignants intitulée Women in teaching: Understanding the gender dimension (« Les femmes enseignantes : comprendre les aspects relatifs au genre », 2023). 


Photo credit: Pressmaster/Shutterstock.com

 

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"Investir dans les personnes et donner la priorité à l’éducation": ce que cela signifie pour un chef d’établissement

Cet entretien a été initialement publié par l’Institut international pour la planification de l’éducation de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) le 23 janvier 2023, en amont de la Journée internationale de l’éducation.


ShapeIl reste sept ans et 17 objectifs à atteindre pour respecter l’échéance des Objectifs de développement durable (ODD) pour les personnes, la planète et la prospérité. L’horloge tourne et la priorité doit être donnée à l’éducation pour accélérer les progrès vers la réalisation de l’ensemble des ODD, en particulier dans un contexte d’inégalités croissantes et de défis en rapide évolution. 

À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, l’Institut international pour la planification de l’éducation (IIPE) de l’UNESCO s’est entretenu avec des responsables de la planification du secteur de l’éducation et des décideurs politiques afin de connaître leurs objectifs, alors que 2030 approche à grands pas. Leurs témoignages marquent également le début d’une année de célébration à l’occasion du 60e anniversaire de l’IIPE, qui permettra d’ouvrir une réflexion sur l’avenir de la planification de l’éducation et de l’apprentissage pour tous. 

Hyacinth Bramble-Browne est directrice adjointe de l’unique école secondaire de l’île de Montserrat, dans les Caraïbes. Elle est également responsable de la planification de l’éducation et a occupé les fonctions de Présidente de l’Association des futurs enseignants de l’IIPE de l’UNESCO, tout en participant à un programme de formation d’une année au sein de l’Institut, de 2015 à 2016. Mme Bramble-Browne nous fait part de son point de vue sur cette journée importante pour l’éducation. 

La Journée internationale de l’éducation est importante pour moi, car elle constitue une occasion – non seulement au niveau local, mais aussi pour tous les éducateurs – de se pencher sur les problèmes auxquels l’éducation est confrontée et de chercher des solutions. Cette journée nous permet de planifier et d’organiser des discussions axées sur la recherche de solutions et le partage des bonnes pratiques avec nos parties prenantes, tout en étant à l’écoute de ce qui se passe au niveau régional et international. Nous espérons tirer parti des bonnes pratiques partagées et obtenir des avancées positives pour la réalisation des objectifs 2030 en matière d’éducation. 

Dans le cadre de mes fonctions actuelles, je dois veiller à ce que l’éducation secondaire réponde aux besoins de l’ensemble des élèves, et à ce que chaque enfant soit valorisé. À Montserrat, le système éducatif est inclusif et universel. Tous les élèves sont les bienvenus et les cours proposés par les écoles primaires publiques et l’unique établissement secondaire public sont gratuits. Cela signifie qu’en tant que chef d’établissement, je dois apporter mon soutien aux enseignants afin de veiller à ce qu’ils se sentent en confiance et à ce qu’ils disposent des outils nécessaires pour présenter le contenu pédagogique, mais aussi véhiculer des valeurs morales et sociales qui permettront aux élèves de trouver facilement leur place dans le monde du travail et de se montrer efficaces dans la poursuite de leurs études. 

Le monde doit investir dans l’éducation, car un enseignement de qualité apporte une valeur ajoutée à chaque pays. Des recherches indiquent qu’améliorer la qualité et le niveau d’éducation dans un pays contribue à accroître son produit intérieur brut (PIB). Indépendamment de ce constat, un enseignement de meilleure qualité a des répercussions positives dans le domaine de la santé et dans d’autres secteurs sociaux, entraînant ainsi une amélioration généralisée du niveau de vie. Si nous ne consacrons pas les fonds nécessaires à la mise en place d’un système éducatif de qualité et approprié, nous serons alors contraints de dépenser cet argent dans d’autres secteurs sociaux tels que la santé, les services sociaux, le logement, les prisons, etc. 


L’ensemble des entretiens réalisés par l’IIPE de l’UNESCO en vue de déterminer le sens que les responsables de la planification et les décideurs politiques attribuent à l’expression « investir dans les personnes et donner la priorité à l’éducation » sont disponibles ici

Crédit photo : Hyacinth Bramble-Browne 

Légende : Hyacinth Bramble-Browne, directrice adjointe de l’unique école secondaire de Montserrat, dans son bureau.