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La distance ne doit pas arrêter l’apprentissage

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« Et si les leçons étaient comme des histoires ! Et si on pouvait les regarder comme des dessins animés à la télé !! Cela ne serait-il pas très amusant, si les leçons pouvaient flotter comme des nuages devant nos yeux ? Apprendre pourrait alors être plus amusant. Encore une fois, quand nous sommes loin de notre école et de nos enseignants, si nous n’arrivons pas à comprendre même une leçon facile, que faire alors ? C’est en ayant cela à l’esprit que nous avons mis au point cette entreprise. »

Ces mots sont extraits de la description de la page Facebook "The Online Teacher". Voyons ce qui se cache derrière !

Je m’appelle Shaila Sharmin, je travaille actuellement comme assistante d’enseignement pour Teach for Bangladesh. J’enseigne à des élèves de 4e et 5e années dans une école primaire publique de Dhaka au Bangladesh.

Comme tous les autres enfants, mes élèves préparaient une fête de classe pour le 17 mars qui est la Journée nationale des enfants dans notre pays. Ils avaient tout préparé, décoré la salle de classe et commandé le gâteau. Mais soudain l’avis est tombé : tous les établissements d’enseignement du pays devaient fermer avant ce jour de fête. Au début, les élèves ont pensé qu’ils allaient avoir 14 jours de vacances. Certes ils avaient le cœur brisé, mais ils avaient l’espoir de faire la fête après de courtes vacances. Nous n’avions aucune idée de la durée de cette mesure.

Mis devant la réalité, nous avons tous découvert que nous entrions dans une période d’incertitude. Une de mes collègues, Atia, s’est aperçue en communiquant avec ses élèves et en les interrogeant sur leur vie et leur étude qu’ils n’avaient aucune possibilité d’apprendre, personne dans leur famille qui puisse les aider à étudier. Les assistants sont leurs enseignants, que l’école soit ouverte ou non.

Une autre collègue, Sanjida, a maintenu le contact avec ses élèves et leur a apporté un soutien mental. Une de ses élèves, tête de classe, a dit : « Apa, quand l’école va-t-elle ouvrir ? Je n’ai pas d’enseignant, pas de devoirs, je n’ai rien à étudier parce que je ne peux pas apprendre certaines leçons toute seule. Je m’ennuie à la maison et je n’aurai pas de bonnes notes à l’examen si cette situation continue. » Après avoir entendu la volonté d’apprendre de son élève, Sanjida a essayé d’apporter un soutien à certains au téléphone. Mais ce n’était pas une idée très pratique.

En analysant tous ces événements, je me suis demandé dans quelle mesure j’étais prête à résoudre ce problème. Je me suis dit qu’il devait y avoir une autre façon d’atteindre les élèves. C’est ainsi qu’Atia, Sanjida et moi avons eu l’idée d’offrir un soutien à nos élèves en créant des vidéos éducatives et en les leur envoyant via Internet.

Nous étions déterminées à poursuivre l’enseignement et l’apprentissage car la vie ne peut pas s’arrêter pendant ce confinement. Nous avons rassemblé nos idées et nos réflexions. Au départ, nous avons pensé à faire des vidéos et à les envoyer à nos élèves. Nous avons alors réalisé que nous pouvions les mettre sur Facebook et les télécharger sur YouTube. Cela pourrait être utile à de nombreux élèves dans tout le pays. Nous avons donc commencé à planifier, à choisir des sujets. Nous avons nommé ce projet « The Online Teacher ». Nous avons ouvert une page Facebook nommée « The Online Teacher » et créé une chaîne YouTube. Les vidéos durent entre 5 et 10 minutes afin que les élèves ne s’ennuient pas. Nous rédigeons les scripts, nous collectons les matériels, nous filmons et éditons les vidéos avant de les charger sur Facebook et YouTube. Mais nous les envoyons d’abord aux élèves pour nous assurer qu’elles soient faciles à comprendre.

À l’aide de cette plate-forme, nous essayons de produire des cours vidéo dans les matières suivantes : bengali, anglais, mathématiques, sciences générales, Bangladesh et études mondiales et arts pour des élèves de la 1e à la 5e année ; notre but est de toucher autant d’élèves que possible dans tout le pays. Nous offrons également un soutien en santé mentale grâce à des messages et à des cours diffusés en direct. Nous nous concentrons non seulement sur le contenu des manuels scolaires, mais nous essayons aussi de couvrir l’histoire et les connaissances utiles pour la vie.

Nous demandons à nos élèves de réagir en nous indiquant les sujets pour lesquels ils ont besoin de vidéos. Ils aiment bien aussi voir leur professeur à l’écran et apprendre tout seuls. Mais cette initiative n’a pas été simple à mettre en place. Nous n’avions pas de ressources puisque nous n’étions pas préparés pour ce long confinement. Nous n’avions aucune compétence du montage vidéo. Malgré les défis, nous y sommes parvenues. Lorsque vous voulez apporter une différence, vous trouvez le moyen d’atteindre votre objectif.

Teach for Bangladesh s’adresse aux élèves issus de milieux économiques très défavorisés. Dans cette situation de pandémie, un peu d’attention suffit pour avoir un impact important. Engager ces élèves par l’étude les aide également à prévenir l’anxiété et la dépression. Le COVID-19 nous a opposé de nombreux défis. Notre bon travail doit se poursuivre car nous croyons que faire quelque chose est mieux que ne rien faire.

 

— Shaila Sharmin

Fellow, Teach For Bangladesh

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Ce blog fait partie de la campagne #RécitsdEnseignants de l’Équipe spéciale internationale sur les enseignants, créée pour mettre en avant les expériences des enseignants travaillant chaque jour pour s'assurer que leurs élèves continuent de bénéficier d'une éducation de qualité malgré la pandémie de COVID-19. Les modalités de participation sont disponibles sur notre site.